Depuis son investiture le 24 mai 2026, le nouveau président béninois Romuald Wadagni, élu avec une large majorité aux côtés de sa vice-présidente Mariam Chabi Talata, a rapidement traduit en actes sa volonté affichée de placer les femmes et les enfants au cœur de son projet de société. Loin d’une simple continuité avec le mandat de Patrice Talon, son prédécesseur, le nouveau chef de l’État a multiplié, dès les premières semaines de son mandat, les décisions à forte portée sociale et juridique.
La gratuité scolaire généralisée pour les filles
La mesure la plus emblématique a été adoptée lors du Conseil des ministres du 3 juin 2026. Le gouvernement a décidé l’exonération totale des frais de scolarité pour toutes les élèves inscrites dans les établissements publics d’enseignement secondaire, du collège au lycée, sur l’ensemble des 77 communes du pays, dès la rentrée 2026-2027. Cette réforme vise à réduire les inégalités scolaires entre filles et garçons et à favoriser le maintien des adolescentes dans le système éducatif.
Pour l’accompagner, l’exécutif a annoncé un investissement de 20 milliards de FCFA destiné à accélérer l’accès à l’eau potable et à l’électricité dans les établissements publics qui en sont encore dépourvus — condition concrète pour garantir l’hygiène et le confort nécessaires à la scolarisation durable des jeunes filles.
Un cadre budgétaire élargi pour les plus vulnérables
Ces annonces s’inscrivent dans la loi de finances rectificative 2026, votée à l’unanimité. Le texte prévoit des mesures spécifiques pour les enfants en situation de rue, avec une attention particulière pour les zones septentrionales et frontalières. Le budget général confirme aussi l’amélioration des conditions d’accès des femmes à la propriété foncière, aux filières porteuses et aux matériels agricoles mécanisés dans les communes, ainsi que la construction de centres d’accueil pour enfants.
Le déni de paternité, une faute désormais sanctionnée
Le cadre juridique béninois s’appuie aussi sur un dispositif plus ancien mais structurant, que le nouveau gouvernement perpétue. Le Code de l’enfant prévoit depuis 2015 que tout enfant conçu doit être reconnu par son géniteur dans les trois premiers mois de la conception, par une déclaration faite devant l’autorité administrative la plus proche, faute de quoi l’enfant porte le nom de sa mère à la naissance. Entrée en application concrète depuis 2021, cette disposition s’accompagne d’un volet répressif : les autorités ont averti que le chantage exercé sur une femme enceinte autour de la déclaration de paternité serait sanctionné au même titre qu’une violence basée sur le genre. La justice a déjà eu à connaître de dossiers de refus de paternité, certains hommes ayant été poursuivis et incarcérés après avoir nié leur responsabilité dans une grossesse.
Pensée à l’origine pour sécuriser l’état civil, cette mesure est aujourd’hui présentée comme un outil de protection des femmes contre l’abandon — même si son application reste débattue, certains craignant qu’elle ne pénalise davantage les mères des zones rurales où l’accès aux mairies est difficile.
S’appuyer sur un arsenal juridique déjà construit
Romuald Wadagni hérite et consolide un dispositif institutionnel bâti depuis 2021 autour de l’Institut National de la Femme (INF), établissement public doté de la personnalité juridique, qui peut se constituer partie civile dans les procédures liées aux violences basées sur le genre. Ce cadre s’accompagne d’une loi élargissant les compétences de la CRIET pour juger notamment les viols sur mineurs, le harcèlement scolaire et les mariages forcés et précoces.
Une volonté politique affirmée, des défis persistants
En articulant gratuité scolaire, investissements dans les infrastructures, soutien économique aux femmes rurales, encadrement de la paternité et renforcement du cadre judiciaire, Romuald Wadagni inscrit son mandat dans la continuité et l’approfondissement d’un édifice juridique déjà ancien, plutôt que dans la seule annonce ponctuelle — donnant ainsi un visage concret à sa promesse de campagne en faveur des femmes et des enfants du Bénin.
Photo : Olusin Olowoleni pour Pexels
Sources: institutions du Bénin
